4 jours dans la jungle de Saint-Zénon | Blogue de Rando Québec
4 jours dans la jungle de Saint-Zénon

Entre les chutes et les montagnes parsemées de petits fruits sauvages, le randonneur emprunte des sentiers traversant des forêts tapissées de mousses, zigzagant sur des chemins encore sauvages. Personne devant, personne derrière, aucun stress, que l’écho de nos pas et les parfums flottants des résineux et des fleurs sauvages.

PAR DOMINIQUE CARON

Grande boucle Zen Nature

Carmen est revenue du chemin de Compostelle avec une idée en tête : développer une offre semblable chez elle, à Saint-Zénon. Avec beaucoup d’ambition, elle réussit à créer une boucle de 65 km – elle rêvait de 1000 km.

La Grande Boucle Zen Nature représente un travail colossal quand on sait que les sentiers qu’on emprunte passent sur plusieurs territoires dont deux ZEC (Zone d’Exploitation Contrôlée), Lavigne et Des Nymphes, et deux pourvoiries, Trudeau et Saint-Zénon, en plus du Sentier National ainsi que le Parc des Sept-Chutes.

Après avoir discuté avec Carmen à quelques reprises, c’est décidé : je viendrai découvrir ce trésor de la Matawinie en solo.

« AVEC SES 6 LITS, CE PETIT REFUGE
NOMMÉ VAGABOND
LA VUE QUI S’ÉTEND DEVANT
DONNE UNE BONNE IDÉE
DU CHEMIN QUI NOUS ATTEND. »

Jour 1 –  17.5 km –  Saint-Zénon sous les nuages

La première journée se déroule essentiellement en chemin forestier. C’est un samedi, j’y croise 4 personnes au total qui cueillent des bleuets. Ah, le bonheur de se sentir seule en nature. Les premiers 12 km sont sur un sol bien tapé et bordé de petits fruits sauvages : framboises et bleuets. C’est le mois d’août et ces fruits abondent tout au long du chemin, il faut donc abdiquer sans quoi le randonneur risque de se retarder en chemin! – c’est ce à quoi j’ai dû me résoudre – Après le chemin forestier, c’est enfin la forêt, et toute une. Elle m’accueille avec un petit ruisseau qui tombe en chute et une grosse araignée qui avait fait sa toile entre deux arbres. J’appendrai au cours des prochains jours à repérer ces araignées, mais je ne m’habituerai pas à leur toile qui se pose sur ma peau.

La première nuit se fait dans un refuge sans eau ni électricité dans la Pourvoirie Saint-Zénon. Aux marcheurs qui n’apprécient pas les chemins forestiers : la destination en vaut amplement le coup! C’est Stéphanie de chez Boucle Zen Nature qui m’apporte mon souper ce soir-là et mon 2e sac-à-dos dans lequel j’ai laissé mon linge et mon sac de couchage. Cela fait partie des options lorsqu’on s’enregistre pour la randonnée complète ou partielle. J’ai donc droit au luxe du transport de bagages et j’ai même des repas de planifiés – 2 diners, 2 déjeuners et 2 soupers. Le reste, je m’en occupe.

Jour 2 – 15 km – sur le chemin du Sentier National

Se réveiller en hauteur n’a pas de prix, la vue est tout simplement divine. Je descends doucement sur les roches et la mousse tandis que s’éloigne derrière moi la vue du refuge où j’ai passé la nuit. Je rejoins le chemin des bâtisseurs qui longe un large ruisseau. La pluie a tellement été importante cet été que le sentier est devenu un ruisseau lui aussi!  Je dois enlever mes bottes et me mouiller les pieds (et les chevilles) sur quelques mètres. La rosée a déjà mouillé une bonne partie de mes bottes… L’eau est très froide, mais mes pieds disent quand même merci.

La chaleur monte et j’arrive déjà devant les balises du Sentier national qui zigzague dans cette forêt. Les fougères dominent la végétation au sol, quoique j’aperçois plusieurs fois de gros et juteux champignon homard. On se croirait dans la jungle tant l’humidité est élevé. Ce soir, je dors dans un chalet du parc des Sept-Chutes sans toutefois emprunter les sentiers du parc : ça ira à demain. La première chose que je fais en arrivant? Je prends une douche… froide!

Jour 3 – 18 km – l’ascension Mont Chauve

C’est la journée la plus difficile des quatre jours selon le petit topo-guide que m’a donné Carmen à mon arrivé. Je suis préparée et j’ai bien hâte de voir ce qui m’attends. Dans tous les cas, je sais que ce soir je dors à l’auberge la Glacière, un petit détour de 3 km. J’ai donc une récompense au bout de ce parcours : un souper au restaurant (et une bonne bière!)

La montée est magnifique. Le parc des Sept-Chutes a des sentiers extrêmement bien entretenus. Toutes les montées un peu plus raides sont accompagnées d’une corde tendue. Plusieurs fois, je m’arrête pour apprécier les points de vue sur de petits lacs cachés – les motivés peuvent aussi faire de petits détours pour voir la chute du Voile de la mariée.

Je ne le sais pas encore, mais le plus beau reste à venir. Même si j’ai encore très chaud, cette fois-ci une petite brise m’accompagne jusqu’au sommet de la montagne Chauve qui fait partie de la Pourvoirie Trudeau. C’est au sommet, allongée sur mon sac à dos, entourée de bleuets bien mûres, que je mange mon dîner et pique une petite sieste bien méritée.

Ce jour-là, j’ai tous les points de vue à moi seule. Je ne croise personne jusqu’au chemin de détour vers l’hôtel.

Jour 4 – 16 km – Retour à la réalité

Après un petit déjeuner copieux, je prends mon sac-à-dos et laisse derrière moi le dernier petit bagage que je récupérerai moi-même à la fin de mon parcours, puisque la route qui mène vers Montréal passe juste devant.

Pour le jour 4, il y a deux options possibles : une termine au km 57 et l’autre au km 64. Comme la journée est grise et que la pluie ne cesse de tomber en alternance, je sais déjà que je sortirai au km 57. D’ici là, j’ai encore du beau temps en sentier. La journée est un peu plus fraîche que les autres et mon rythme est bien meilleur. À 11h15 me voilà déjà bien avancée, j’appelle Carmen pour l’avertir de ma sortie. C’est elle qui viendra me récupérer.

En attendant, après avoir mangé sous un abri du lac Albert, j’entre dans le sentier du lac Sauvage où le beau sentier longe un grand lac. Je me suis mise à chanter à voix haute, avec l’impression qu’à tout moment, je pourrais croiser un ours noir qui mange tranquillement des bleuets.

À 13h30, il ne me reste plus qu’à prendre ma voiture et conduire vers Montréal. Je suis partie 4 jours seulement, mais je repars avec le sentiment d’avoir vécu une vie entière sur ces sentiers. Comme une double vie dont je suis la seule à connaître le secret.

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